Coup de gueule #1 : les tests d’efficacité de la cosmétique (partie 2)

Si vous avez manqué le premier épisode, c’est par ici que ça se passe.

Et donc, cette colère ?

Voici une liste non exhaustive de ce qui me fait bondir concernant les tests d’efficacité:

–    Présenter uniquement les tests in vitro (en éprouvette) : j’en ai expliqué les raisons précédemment. C’est un bon début mais on ne peut pas se passer d’un test in vivo (en situation réelle) avec l’actif formulé dans une crème. Une marque qui ne vend que des résultats in vitro ne donne pas la preuve qu’elle a concentré l’actif dans le soin à la concentration qui va bien ! Donc on évite les « à l’extrait de poudre d’or, de caviar, etc . » qui inhibe la production de X% de telle enzyme responsable de tel truc, si on a pas un test en situation avec.

–    Les tests de satisfaction. C’est la grande mode en ce moment, et c’est un de mes sujets préférés. Si ça m’énerve, c’est que ça galvaude un terme que nous utilisons depuis le début, le test « clinique ». Souvent, vous voyez :

« efficacité prouvée par tests cliniques. 70% de rides en moins » *

*% de femmes satisfaites concernant la réduction des rides. Test effectué sous contrôle dermatologique sur XX femmes »

Je vous décris la situation: vous avez un certain nombre de femmes qui viennent chercher un produit, dans un labo indépendant. Un dermatologue leur explique toute la procédure à suivre.  Elles rentrent chez elle, et notent leurs sensations sur le produit pendant une certaine durée. Est-ce que je me sens plus belle ? Est ce que j’ai l’impression que ma peau est plus ferme ? A la fin, on fait un raccourci : au lieu d’annoncer comme message principal : 70% de femmes satisfaites sur la réduction de leur ride, on dit « 70% de rides en moins ! » et on précise le message dans l’astérisque.

Maintenant voici une autre situation, que je connais bien, la nôtre:

30 femmes viennent chercher leur crème au CHU de Besançon. Elles l’utilisent pendant un mois, reviennent au labo. On MESURE leurs rides avec un appareil, on MESURE leur fermeté avec un appareil, des dermatologues COTENT l’éclat de leur teint selon une échelle standardisée internationale, on prend en photo leur peau dans une chambre noir dans des conditions standardisées de position et de lumière. Elles repartent et reviennent encore deux mois après, on refait la série de mesure.  A la fin, on obtient des pourcentages d’amélioration avant/après, des évolutions de photos, des pourcentages sur les femmes ayant bien réagit, et d’autres femmes qui réagissent moins.

Voilà ce qu’est un test clinique et scientifique. Les tests d’autosatisfaction ne sont pas des tests cliniques, et même s’ils  sont révélateurs du succès que pourra avoir le produit une fois sur le marché, ils ne disent pas si le produit est efficace. Ils disent juste si les femmes sont satisfaites.  Il y a quand même une différence, d’autant plus qu’il est très difficile de juger si les rides se réduisent à l’œil nu, quand on n’est pas un pro de la cosmétologie.

Ne crachons pas dans la soupe. C’est déjà bien que certaines marques qui ne faisaient rien fassent des tests de satisfaction. Mais ne confondons pas tests de satisfaction et tests cliniques scientifiques.

–    Les « jusqu’à »:  soyons honnêtes, on ne va pas communiquer sur la testeuse qui a le moins bien réagit. Mais communiquer uniquement sur LA femme qui a le mieux réagit, c’est un peu court. Nous concernant, nous donnons  des pourcentages d’amélioration sur les femmes qui ont réagit à la crème, en précisant le nombre de femme ayant réagit. Et quand nous communiquons  sur des photos, nous essayons d’avoir plusieurs photos avec des femmes différentes.

–    Les astérisques  trop rapidement affichés en pub TV. Ah, là, méfiance. Un astérisque trop rapidement affiché cache une filouterie ! Alors quand vous regardez la télé, mettez vos lunettes, approchez vous, fixez le bas de l’écran, et guettez tel le lynx le message en tout petit qui va s’afficher une demie seconde. Là vous saurez si le test est fiable !

–    Les raccourcis en tout genre. Voici quelques  exemples de ce qu’on trouve sur le marché :

« XX  invente le premier soin qui relance* l’activité des gênes de jeunesse. Comme illuminée de l’intérieur, la peau retrouve sa qualité originelle. En 7 jours seulement**, elle est visiblement rajeunie.

*Tests in vitro sur les ingrédients. **Test de satisfaction – 34 femmes. »

On a là une combinaison de deux sujets d’énervement ! :
–    le test in vitro et uniquement in vitro : premièrement,  ils devraient dire : «  le premier soin formulé avec des principes actifs qui relancent l’activité des gènes… ».Et ensuite,  cela ne garantit pas que les ingrédients aient été formulés dans le produit fini à la bonne concentration
–    et le test de satisfaction… ajouté au terme « visiblement rajeunie », c’est le pompon…

« 95% des dermatologues recommandent le Zinc pyrithione pour lutter contre les pellicules. XXX contient du Zinc pyrithione. »

Là ce sont des pro de la communication. Ils font le calcul que les gens vont penser que 95% des dermato recommandent le produit en question.  Mais ce produit XX, combien contient-il  du zinc pyrithione ?

« Le produit XXX contient 5 fois plus d’acide hyaluronique  *

*que la formule de lancement »

Oh, les coquins… 5 fois plus d’acide hyaluronique que la formule de lancement, on est content de le savoir. Donc avant il y en avait 0, et maintenant… 5 fois 0, toujours 0 !!! Bon, je force le trait, mais franchement, certains sont prêt à tout pour avoir un message choc.

« Le premier fond de teint liftant*

*de la gamme XXXX »

Même remarque que précédemment. Mais est-ce que cela nous importe que ce produit soit le premier fond de teint lissant de leur gamme ?

Tout ceci n’est pas destiné à vous faire vous détourner de toutes les marques qui mettent en avant leurs tests d’efficacité, car là, je me tire une balle dans le pied. Mais plutôt de vous alerter et vous aider sur les points auxquels il faut faire attention face aux tests d’efficacité. Parce que quand certains abusent, cela jette le discrédit sur tous ceux qui n’abusent pas. Et là, C’EST ÉNERVANT !

Une chose est sure : gardons le moral ! Car si certains abusent, nombreuses sont aussi les  marques qui font bien leur travail,  heureusement pour l’avenir de la cosmétique.

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Crédit photos:
Femme avec une loupe par Petr Kratochvil
Femme en colère par Vera Kratochvil
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