Coup de gueule #1 : les tests d’efficacité de la cosmétique (partie 1)

Régulièrement je fais des bonds en regardant la TV ou en lisant un magasine féminin. Mon entourage au début me regardait d’un drôle d’œil, pensant que j’étais atteinte d’une maladie nerveuse ou musculaire, mais avec le temps, ils ont compris… quand ils me voient bondir et me mettre en colère, ils savent que je suis tombée sur une pub avec des tests d’efficacité.

Mais avant de vous parler de cette colère, quelques explications tout de même… surtout, quelques réponses à des questions que j’entends très fréquemment…

Les cosmétiques sont-ils vraiment efficaces ?

Les cosmétiques sont-ils vraiment efficaces pour la peau, et notamment pour tout ce qui concerne l’anti-âge, sujet plus délicat à traiter que l’hydratation ?

Très souvent, on me fait la remarque suivante :  les cosmétiques ne sont pas pas efficaces, puisque ils ne font « qu’hydrater les couches supérieures de l’épiderme »

La mention « hydratation des couches supérieures de l’épiderme » est tout à fait hypocrite à mon sens. Elle est là pour justifier de la différence entre un produit cosmétique et un produit médical. Mais en tout état de cause, si en ce moment, on entend pas mal de choses sur les parabens, phenoxyethanol, peg, etc., soupçonnés  (voire accusés) d’être, entre autre, perturbateurs endocriniens, c’est bien que ces substances dépassent le stage des couches supérieures de l’épiderme ! Certaines études ont retrouvé des composants de produits anti-cellulite dans le sang… or l’épiderme n’est pas du tout vascularisé. Cela veut bien dire que ces composants vont assez loin dans la peau pour atteindre la couche ou les vaisseaux se trouvant, c’est-à-dire au niveau du derme. Le derme est en dessous de l’épiderme, c’est la partie qui fait la « charpente » de notre peau, et qui contient les cellules les plus importantes de notre peau.

Lors de notre travail avec le CHU de Besançon, j’avais évoqué ce sujet avec le professeur Humbert, le chef du service de dermatologie de l’hôpital. Celui-ci m’avait expliqué qu’on estimait qu’entre 1% et 5% d’un actif arrive jusqu’au derme, selon la taille de sa molécule. Petite : elle pénètre bien, grosse: elle aura plus tendance à rester en surface. Très petite (nano-particule), elle ira encore plus loin, d’où la polémique en ce moment sur les nano particules.

Donc oui, un cosmétique, peut être efficace… mais peut aussi ne pas être efficace. Cela dépend comment nous, marques de cosmétiques, faisons notre travail !

Parlons des principes actifs…

J’ai dit précédemment qu’on estimait que les actifs ne pénétraient que de 1 à 5% jusqu’au derme.

Donc première règle : se méfier des tests d’efficacité menés uniquement in vitro, c’est-à-dire en éprouvette.
Ces tests consistent en général à prendre des cellules de la peau du derme, et les mettre en contact avec l’actif. C’est un très bon début, à mon avis obligatoire, mais tout à fait non suffisant. Car une fois qu’on à la preuve que l’actif a une action intéressante sur les cellules de la peau, encore faut-il trouver le niveau de concentration idéal « en surface », afin que suffisamment d’actifs parviennent jusqu’aux cellules qui nous intéressent !
C’est la raison pour laquelle ces tests doivent vraiment être suivi de tests in vivo, c’est-à-dire que l’actif doit être formulé dans une crème ou un sérum, et appliqué sur la peau par une vraie personne, qui bouge, transpire, s’essuie le visage, etc. Plusieurs niveaux de concentration sont testés, et ensuite on vérifie que les observations relevées en mettant l’actif directement en contact avec les cellules qui nous intéresse se reproduisent également quand on applique l’actif en surface.

Enfin, pour boucler la boucle, nous, marques de cosmétique, devons évidemment concentrer l’actif dans le produit final au même pourcentage que celui qui a été testé !

En ce qui concerne l’efficacité des principes actifs,  j’ai vraiment foi en la nature : il existe dans la nature des merveilles de molécules actives, avec une puissance exceptionnelle, dans les plantes, les mers, les productions animales (miel et gelée royale par ex). Ce qui entre en jeu après, c’est ce que nous, créateurs de cosmétiques, en faisons… Sous quelle forme les formulons-nous dans nos soins ? Quels actifs associons-nous ? et surtout à quelle concentration ?

Et la base, dans tout ça ?

Parlons maintenant de la partie la moins mise en avant par la cosmétique conventionnelle, mais très importante, la base du soin. A la base d’une crème, il y a des huiles, des beurres, et de l’eau.
Pour prendre une comparaison certes pas très « glam », mais qui a le mérite d’être claire, les huiles et eau sont en quelque sorte l’oeuf, la moutarde et l’huile d’une mayonnaise, et les principes actifs seraient le sel, le poivre, l’ail, les piments, bref, tout ce qu’on peut rajouter par la suite pour enrichir … et si l’oeuf n’est pas bon ou l’huile rance, la mayonnaise est ratée!

C’est là un des grands principes de la cosmétique bio : dire qu’avant de penser aux principes actifs, il faut penser à la base.

Logique?

Pas pour tout le monde.

A la base des cosmétiques conventionnels, très fréquemment,  il y a des huiles dites «minérales » autrement dit des huiles de « roches », autrement dit, du pétrole… Bien mieux pour la voiture que pour la peau. Les paraffine et vaseline sont ces huiles minérales (sous le nom inci parafinium liquidium) , et au mieux, elles sont neutres pour la peau, et au pire, elles forment un film occlusif qui empêche la peau de respirer… sans compter que leur mode d’extraction et de transformation (la pétrochimie) est un procédé très polluant pour notre chère planète: il faut distiller, raffiner et désodoriser ces huiles (avec des réactifs souvent toxiques) avant de les incorporer dans les cosmétiques.

En cosmétique bio, ce sont les huiles végétales qui sont utilisées. Des huiles européennes d’olive, d’avocat, sésame, ricin, mais aussi plus lointaines comme la jojoba, la noix du brésil, l’andiroba, l’argan, etc.; des beurres de karité, de cupuacu… Toutes ces matières végétales sont déjà des principes actifs en eux mêmes et qui font du bien à la peau. Riches en oméga, polyphénols, isoflavones, anti oxydants, etc. de là à dire que les cosmétiques bio sont plus efficaces que les conventionnels, il n’y a qu’un pas !

L’un des grands défauts de la cosmétique bio était, jusqu’à il y a 5 ans, de trop se concentrer sur cette base, et de négliger les principes actifs. Le bien être et le respect de la planète était les uniques arguments de vente alors qu’il n’y a pas de honte à parler aussi d’efficacité, surtout quand c’est le cas. Mais les choses ont bougé avec l’arrivée de petites marques techniques et efficaces, comme la nôtre, et depuis les grandes marques du bio s’y mettent aussi…

Pourquoi ça ne marche pas tout de suite ?

En cosmétique conventionnelle, on a souvent l’impression que ça marche tout de suite, mais attention ! Il y a tout un tas d’outils dans le « chapeau magique » du formulateur pour obtenir un effet de surface : silicones, poudres et combleurs immédiats. Là c’est de la cosmétique au sens premier du terme, de surface…pas très éloigné du domaine du maquillage.

En bio ne les utilisons pas, donc l’effet de surface est plus compliqué à obtenir.

On a quand même quelques actifs naturels comme tous les actifs de type « sève », ou polymères, qui forment des films naturels à la surface de la peau et lissent en surface. Tout ce qui tourne autour de la « gomme » est aussi souvent combleur.

Mais le plus important, c’est l’action traitante en profondeur. Et cette action traitante, il faut être un peu patient pour l’obtenir.

Pour une action sur les rides ou la fermeté, il faut pouvoir attendre 3 mois, voire 6 mois… pour comparer, nous avons l’image du sport: quand vous vous remettez au sport, vous ne vous attendez pas à avoir une cuisse ferme et une fesse rebondie au bout de deux footings ? C’est la même chose en  cosmétique: patience et régularité !

Pourquoi ça ne marche pas sur moi alors que ça marche dans vos tests et sur ma voisine ?

C’est assez simple. Quand vous avez mal à la tête, vous prenez un cachet d’aspirine, et votre voisine, un doliprane … chacun réagit différemment face à une même molécule. Même si évidemment, il y a des molécules « universelles », on ne peut pas empêcher quelques distinctions personnelles.

Donc l’efficacité d’un soin dépend de plusieurs choses :

1) l’adéquation entre votre propre système cutané et la molécule qu’on vous propose (nous essayons de trouver des molécules qui marchent sur tout le monde mais les résultats peuvent varier en fonction des métabolismes),

2) votre état de peau actuel

3) votre historique/cosmétiques : avez-vous utilisé les soins appropriés, ou avez-vous fragilisé votre peau en utilisant des soins trop faibles, ou au contraire l’avez-vous habituée à se faire assister en utilisant des soins trop forts ? car en la matière, c’est exactement comme les antibiotiques : « utilisés à tort, ils deviendront moins forts ! »

4)  votre système pileux, votre transpiration, votre production de sébum qui peuvent gêner la pénétration du soin…

et bien d’autres choses encore.

Mais pour quoi ça nous met en colère ? C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Crédit photos: Fotolia © goodluz
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